RedGe blog

Blog sur tout et n'importe quoi et la culture geek en particulier. Plus que les nouveautés, c'est l'ensemble de la culture qui est explorée.

08 mars 2009

Watchmen, la critique d'un Geek (moi)

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Mettons tout de suite les choses au point, je suis un fan du comics Watchmen. Ma critique du film sera donc surtout portée sur la qualité de l’adaptation. Le roman graphique d’Alan Moore et Dave Gibbons a une telle aura et une telle importance historique pour l’industrie du comics book que je suis incapable de donner un avis sur le film lui-même.

Mise au point faite, passons aux choses sérieuses. Et excusez moi par avance par le coté désordonné de la critique, je suis un flemmard, pas un thésard.

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Après une seule vision du film, je n’arrive pas à me décider. Zack Snyder est il complètement teubé ou nous prend il pour des cons ?

Snyder n’est pas un inconnu pour les geeks. Réalisateur d’un remake de film culte (l’Armée des Morts) qui est, paraît-il, assez réussit, il a surtout réalisé l’adaptation d’une bande dessiné de Frank Miller, 300.

Je n’ai pas lu le comics de Miller, pour la simple raison que je déteste son auteur. Je trouve que pour un type qui a écrit le scénario de Robocop 3, il se la pète grave. Et au vu des critiques désastreuses de son premier film, l’adaptation du comics The Spirit de Will Eisner, il va devoir prendre un profil un peu plus bas.

J’ai donc vu 300 comme un film, pas comme une adaptation, et je dois bien avouer que le résultat m’avais laissé assez dubitatif. Des spartiates bodybuildé et épilés de près, mais prenant conseil auprès de leurs femmes, s’y moquaient des méchants perses dégénéré, a moitié gay et franchement misogynes, avant de leurs foutre une sacrée leçons. Comme révisionnisme historique, c’était assez puissant.

 Mais vu que cela correspondait plutôt à l’idéologie de Frank Miller (le type prépare quand même un Batman VS. Ben Laden depuis quelques années) je laissais le bénéfice du doute à Zack Snyder, en me disant qu’il ne devait pas avoir trop fait l’analyse de ce qu’il filmait (parce que des gens en train de rigoler devant une pille de cadavres, ça ne m’avais pas trop plu en fait).

Après 300, Snyder s’attaque donc à un autre monument du comic book, Watchmen. Réputé inadaptable, le projet de l’adaptation est passé de mains en mains comme une patate chaude. De Terry Gilliams (classe) à Mickaël Bay (pas classe), tous avaient conclu à l’impossibilité d’une adaptation sous la forme d’un film. La multiplicité des points de vus de l’histoire semblait plus adapté à une mini série qu’à un long métrage.

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Comme pour son adaptation de 300, Snyder décide d’être extrêmement fidèle au comics. Et d’un point de vu strictement formel, il s’y tient. On retrouve des cases entières reprises telles qu’elles dans le film. (ce qui est le pain quotidien des dernières adaptations de comics culte, de 300 à Sin City) Mais ici, tout y est amplifié à l’extrême.

Parce que pour faire un film américain, il faut rester spectaculaire ! Et le problème, c’est que Watchmen, tout comics qu’il soit, est l’œuvre de deux anglais pas forcément intéressés par le spectaculaire et les bastons. Alors le moindre coup de poing dans le comics se retrouve transformé en une grosse baston avec des kicks dans la tête des méchants et des ralentis à la Matrix. Le meurtre sadique du pédophile par Rorschach se transforme en massacre sanglant à coup de hachoirs. Et le Dr Manhattan se retrouve avec une plus grosse bite…

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Le problème c’est que cette amplification est en contradiction totale avec le message de l’œuvre. Watchmen était une déconstruction de la figure mythologique du super héro, notamment en  redonnant à la figure super héroïque une psychologie humaine et réaliste. Ainsi, Alan Moore remettais en perspective le décalage entre les idéaux US et la réalité. Et bien un personnage comme le Hibou, quarantenaire réservé et inhibé, doté d’une bonne brioche et nostalgique de sa jeunesse, quand tout d’un coup d’un seul, il se met à distribuer des high kicks avec des effets à la Matrix dans tout les sens, on a du mal le trouver réel. Et le décalage idéal/réalité est mis à mal. 

Cette incompréhension des thèmes de la BD se retrouvé évidement dans la nouvelle fin.

Ben oui, ils ont changé la fin, mais en prenant bien garde à prévenir les fans. Rassurez-vous, disait Snyder à longueur d’interviews, on a rendu la fin plus compréhensible et spectaculaire, mais l’esprit reste le même. Sans trop spoiler (enfin si, en spoilant un peu quand même) la fin du comics montrait la réunification de l’humanité grâce à son plus grand défaut : la peur de l’autre. C’est la xénophobie qui sauvait finalement la planète d’un holocauste nucléaire. Dans le film, c’est… La peur de dieu ! Devant le courroux (coucou) divin, l’humanité fait le dos rond.

Dans le genre contre sens TOTAL on fait difficilement pire !

D’un coté, l’humanité utilise sa plus grande tare pour avancer vers la paix, de l’autre, retour au moyen âge et à la peur de dieu…

Le film est en plus parcouru par un manque de subtilité assez gênante, au regard du matériau d’origine. Et cela, au niveau des dialogues (« il parait qu’il peut arrêter les balles à mains nues », devinez quoi, un peu plus tard il le fait), des maquillages (le Nixon ridicule), des décors (le placard à costumes du Hibou, transformé en une grande vitrine) et du filmage (les ralentis). Le pire est l’ajout d’effets gore, sans doute pour plaire aux geeks (c’est bien connus, ils aiment la barbaque) totalement superflus.

Watchmen est un film dense, avec beaucoup de dialogues et de détails dans le fond de l'image. Mais pour être sur que tout le monde comprenne, tout y est expliqué, montré et re expliqué, des fois que le spectateur il est con. C'est assez énervant, et surtout, cela fait perdre en intensité certaines révélations (comme l'identité du père de Miss Jupiter).

Pour finir, faire un personnage tout CGI pour le Dr Manhattan, fait perdre une bonne parti de la crédibilité au personnage. L'apparence du personnage est trop humaine, et les limites de l'animation se font tout de suite sentir (on dirait qu'il est botoxé à mort! ). Si pour un Gollum, on pouvait "cartonniser" l'animation, pour un personnage 100% humanoïde (il est juste bleu) ça ne passe pas du tout du tout.

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Bon, tout n’est pas à jeter, puisque le réalisateur a eu les couilles de garder certaines scènes chocs, comme l’assassinat d’une femme enceinte de lui par le Comédien, ou le viol du Spectre Soyeux 1, presque plus violent que dans le comics.

Et puis l'interprétation est bonne, et l'actrice qui joue le Spectre Soyeux 2 est.. euh, bonne.

Le film est tout de même regardable, et n’est jamais ennuyeux malgré sa longueur et son coté bavard. Vendu par certains magazines (bon, ok, par Mad Movies) comme le premier film de super héro adultes, le film est  en fait beaucoup moins profond et passionnant que The Dark Knight.

C’est pas parce que dedans on vois une bite et des nichons que ça remonte le niveau.

Posté par RedGeBlog à 21:20 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Enfin

    Enfin, enfin une critique correcte de cette adaptation !
    J'ai mis du temps à trouver un commentaire négatif du film, et notamment un qui mentionne la tragique modification de la fin (dont ton analyse est intéressante).
    J'ajouterai, à chaud (puisque je viens juste de le visionner) que la structure marsienne du Dr est bien moins classe que celle du graphic novel : encore une fois, et comme pour l'apparence et la luminescence exagérée du Dr, à trop vouloir en faire, il gâche l'oeuvre originale.
    Donc, merci.

    Posté par Pedro, 22 septembre 2010 à 18:27

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